L’entité visuelle : une présence particulière de la photographie
Pour Viearonde, la photographie peut devenir un objet pour le regard. Elle n’est plus noyée dans un flot d’images linéaire et peut être perçue sous d’autres angles et aspects par le regardeur. Une entité visuelle est donc une production photographique particulière, une photographie « expansée » par l’utopie d’une troisième dimension.
En séparant la photographie peu à peu du mur où elle est trop souvent présentée de manière décorative, l’image photographique peut devenir une présence. Elle n’est plus alors la représentation d’une absence ou la trace d’un fait passé. La fenêtre albertienne s’ouvre sur autre chose, une autre dimension, elle devient un objet photographique, elle se réifie.
Elle utilise l’image photographique en dépassant ce qu’elle montre par la lumière et essaie de témoigner d’une présence nouvelle par la matière.
Ainsi, Viearonde intervient sur la composition intrinsèque et extrinsèque de l’image photographique – interne, par sa relation au texte et à une collection visuelle et concrète de matières et matériaux aux valeurs symboliques ou métaphoriques différentes, et externe, par sa monstration.
Pour la mise en espace de la photographie, Viearonde exploite des proportions tour à tour liées au format rectangulaire du négatif, au carré d’un cache de diapositive, aux dimensions du support papier de l’image et à celles du corps humain.
Pour le regardeur, il s’effectue alors une transition du non vu au tangible, une rencontre entre l’immatériel et le matériel, une autre expérience kinesthésique du sensible, une prise de conscience de soi et de l’environnement.
Cette notion de photographie expansée par Viearonde (« Expanded Photography ») s’adosse au propos de l’historien de la photographie et commissaire d’exposition français, Michel POIVERT. Il écrit sur la photographie contemporaine : « Désormais, les expériences de sculptures photographiques manifestent l’évidence d’une présence où l’image cède définitivement le pas à la matériologie de la photographie. (…) Expérience avec le spectateur, la tridimensionnalité de la photographie contemporaine procède de « jeux d’échange entre les pouvoirs de médiums différents », pour citer Jacques Rancière, mais elle est désormais au-delà d’un métissage de pratiques plasticiennes.»¹
Sélection d’œuvres : « Aqua Vivant VIII » et « Aqua Vivant VII » – « Colonne n°4 » et « Chèvre » – « Sofa » et « Fauteuil » – « Pilier céleste – vues de face et de profil » – « Poulpe – vues de face et de profil »
¹POIVERT Michel : La photographie contemporaine. Flammarion, 2018, p. 254 à 255.
Fleur animale de Viearonde (Isabelle Vandromme)
Vue de face. Photographie numérique couleur non retouchée et sans IA générative. Un bourgeon de Rhododendron se transforme en animal-Lille 2025.
Aqua Vivant VIII de Viearonde (Isabelle Vandromme)
Vue de trois quart. Tirage analogique et photogramme sur papier argentique baryté mat noir et blanc découpé avec papier mâché posé sur socle en carton blanc-152x32x15cm-Lille 2022.
Fauteuil de Viearonde (Isabelle Vandromme)
Vue de face. Contacts 24x36mm sur papier argentique brillant noir et blanc fixés sur aluminium-Saint-Étienne 1991.
Pilier céleste de Viearonde (Isabelle Vandromme)
Vue de face. Contacts 24x36mm sur papier argentique mat noir et blanc fixés sur carton blanc-Cambrai 1989.